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Comment aider une victime

Étape 5 du parcours. Accompagner une personne victime de violences de genre exige une posture spécifique : ni sauveur, ni juge. Ce module présente la chronologie d'un accompagnement respectueux, les bonnes pratiques et les erreurs à éviter absolument.

La chronologie de l'accompagnement

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    Évaluation et sécurisation (immédiat)

    Avant toute démarche psychologique, il faut s'assurer qu'il n'y a pas de danger immédiat (risque de féminicide, violences physiques graves, mise en danger d'enfants). Si c'est le cas, les protocoles d'urgence priment. Dans le cas contraire, l'objectif de cette phase est de créer un espace de sécurité où la parole est libre.

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    Construction de l'alliance et écoute active (court terme)

    L'objectif n'est pas de faire un diagnostic de violence, mais d'établir une relation de confiance inconditionnelle. La personne doit se sentir écoutée sans aucun jugement.

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    Exploration par la maïeutique et psychoéducation (moyen terme)

    C'est la phase où l'on sème des graines. Il s'agit d'amener la personne à décrire des faits précis et, surtout, ce qu'elle ressent, en introduisant doucement des concepts de respect et de limites personnelles.

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    Accompagnement de la prise de conscience (à son rythme)

    Lorsque la dissonance cognitive devient trop forte pour la personne, elle commence à verbaliser le problème. Le rôle est alors de refléter ses propres contradictions avec douceur et de valider chaque prise de conscience.

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    Orientation et action (dès qu'elle est prête)

    Accompagnement vers un dépôt de plainte, une séparation ou une prise en charge spécialisée, mais uniquement lorsqu'elle en fait la demande ou qu'elle y consent pleinement.

Les bonnes pratiques (ce qu'il faut faire)

  • Valider les émotions et le ressenti : Reconnaître sa souffrance, sa peur ou son inconfort (« Je comprends que cette situation te pèse », « C'est normal d'avoir peur quand il/elle crie »), sans y apposer immédiatement l'étiquette de « victime » ou de « violence ».
  • Poser des questions ouvertes : Utiliser des formulations comme « Comment te sens-tu quand cette situation se produit ? », « Qu'est-ce qui te fait dire que ce comportement est normal ? » pour stimuler sa propre réflexion.
  • S'en tenir aux faits : Reformuler ce qu'elle décrit de manière purement factuelle. Plutôt que de dire « Il est maltraitant », dire « Tu m'expliques qu'il contrôle tes dépenses et lit tes messages ».
  • Restaurer le pouvoir d'agir (empowerment) : Lui redonner le contrôle sur ses décisions, même infimes. La violence de genre détruit l'autonomie ; l'accompagnement doit la reconstruire pas à pas.
  • Utiliser des outils de médiation : S'appuyer sur des supports externes comme le Violentomètre en le présentant de manière neutre (« Tiens, j'ai vu cet outil de prévention l'autre jour, qu'en penses-tu ? »), ou évoquer des situations tierces pour créer une résonance sans la braquer.
  • Informer sur la loi de manière neutre : Rappeler le cadre légal de manière générale, sans nécessairement cibler son partenaire dans un premier temps.
  • Préparer un filet de sécurité : Avoir à disposition les ressources adéquates pour le moment venu : le 3919, les associations locales (dans le Val-d'Oise notamment), les contacts des unités médico-judiciaires ou des travailleurs sociaux.
  • Lui rappeler sa valeur : Valoriser ses forces, ses compétences et ses réussites pour contrer le rabaissement systématique opéré par l'agresseur.

Les écueils à éviter (ce qu'il ne faut absolument pas faire)

  • Plaquer le mot « victime » de force : Si elle n'est pas prête, la confronter directement à ce statut provoquera un rejet brutal, une rationalisation du comportement de l'agresseur ou une fuite.
  • Critiquer ou diaboliser l'agresseur : La personne victime a souvent des sentiments complexes (attachement, espoir de changement, syndrome de Stockholm). Attaquer l'agresseur la poussera paradoxalement à le défendre et à s'isoler de vous.
  • Donner des injonctions et agir à sa place : Ne jamais dire « Tu dois le quitter », « Il faut porter plainte ». Lui dicter sa conduite, même avec de bonnes intentions, reproduit un schéma d'emprise et de domination. Ne faites pas les démarches à sa place (syndrome du sauveur).
  • Se montrer impatient ou choqué : Le cheminement cognitif pour sortir de l'emprise prend du temps et comporte souvent des allers-retours. Montrer de la frustration ou de la fatigue face à ses hésitations la culpabilisera.
  • Banaliser, minimiser ou justifier : Ne jamais utiliser de phrases comme « Tous les couples se disputent », « Il est peut-être juste stressé par le travail en ce moment ».
  • Poser la question « Pourquoi ? » : Éviter les questions du type « Pourquoi tu restes avec lui/elle ? » qui sont perçues comme accusatoires et culpabilisantes. Préférer « Qu'est-ce qui t'empêche de partir ? ».

Résumé : posture d'accompagnement

L'accompagnement doit s'éloigner du triangle dramatique de Karpman (Sauveur / Victime / Persécuteur). Il s'agit de restaurer la capacité d'agir de la personne (empowerment) en alliant le soutien social et l'écoute clinique.

  • Croire et valider le vécu : À faire : « Je vous crois », « Vous n'y êtes pour rien », « La loi l'interdit ». — À éviter : minimiser ou banaliser (« C'est juste une dispute de couple », « Ça va s'arranger »).
  • Évaluer le danger immédiat : À faire : repérer la présence d'armes, les menaces de mort, les enfants en danger. — À éviter : forcer la personne à partir immédiatement (la période de séparation est la plus létale ; elle nécessite une planification sécurisée).
  • Respecter son rythme : À faire : accepter qu'elle puisse retourner avec l'agresseur à cause du cycle de l'emprise. — À éviter : la juger ou la culpabiliser (« Pourquoi tu ne le quittes pas ? », « Moi à ta place… »).
  • Informer sur les droits et les ressources : À faire : numéros d'urgence, associations, dispositifs de protection. — À éviter : faire à sa place (jouer au sauveur), ce qui reproduit une dynamique de prise de pouvoir sur elle.
  • Aider à se reconnecter (ancrage) : À faire : proposer des techniques simples de pleine conscience ou d'ancrage corporel si elle dissocie pendant l'entretien. — À éviter : confronter l'agresseur ou proposer une médiation de couple (contre-indiquée et dangereuse en cas de violences conjugales).

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Étape suivante

Poursuivez avec le module sur les racines systémiques, sociales, religieuses et nationales des violences fondées sur le genre.

Les origines des violences de genre

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